Un peu d'histoire (1)

« Les forceries de Rueil Malmaison », établissement horticole en serre, produisant fruits et fleurs en primeur se situaient de 1920 à 1973, à l'emplacement de la résidence Beauharnais. A cette époque, Rueil a, depuis longtemps, une tradition de culture fruitière et maraîchère.

Jules Parent crée les Forceries de Rueil (Etablissement Horticole - Spécialités de fruits forcés) rue du vieux chemin de Paris (devenue rue Jules Parent) vers 1880. Il adopte et élève son neveu Léon, fils de son frère décédé en 1874.
De 1901 à 1925, Léon Parent traite avec 88 copropriétaires pour obtenir la surface désirée soit 3 hectares et demi au lieu-dit « les Plantés » et vers 1910, projette de s'y installer. En 1913, il commence à déménager les serres de la rue Jules Parent vers sa nouvelle installation des « Plantés » chemin de Buzenval. Il y associe ses deux fils Marcel et René qui petit à petit reprendront sa succession.
L'établissement fermera en 1973 date de la vente au promoteur « Frank Arthur » pour y construire la résidence « Beauharnais ».

Plan de la forcerie en 1926
 

Plan de la forcerie en 1926


En rouge - Pavillon de M. René Parent et de M. Marcel Parent ; Logement des ouvriers, chambre froide et salle des emballages.
4 - porte de sortie des camionnettes
5 - porte d'entrée avec les tilleuls
6 - porte « chemin des puceaux » (Paul Olivier)
7 - cèdre
8 - puits
9 - ruches
G - garage
A - atelier

Un ancien se rappelle que le chemin longeant les serres avait été baptisé « chemin des puceaux » car de nombreuses rencontres sentimentales trouvaient là un semblant de quiétude et de tranquillité.

Les forceries

Elles permettent de cultiver des fruits en excitant et amplifiant les phénomènes biologiques de la végétation sous serres. Afin de diminuer la durée du cycle végétatif, pour obtenir ces fruits avant la saison, l'ensemble des éléments nécessaires doivent être contrôlés avec rigueur : la qualité nutritive du sol, l'arrosage, l'hygrométrie, l'aération et la température (peu de différence entre le jour et la nuit).
Les serres étaient chauffées, au début par des chaudières au charbon qu'un ouvrier surveillait jour et nuit, elles furent remplacées par des chaudières automatiques au fuel.

Dans les serres, la terre était désinfectée à la vapeur à l'aide d'une machine et des wagonnets sur rail étaient utilisés pour déplacer les matériaux à l'intérieur de la propriété.

Production de fruits et fleurs

De 1920 à 1973, sous les serres, sont forcés les pruniers, les pêchers, les cerisiers, les brugnoniers, la vigne, les fleurs et les légumes (tomates et concombres).
Les arbres fruitiers étaient taillés pour « pousser » en tonnelle le long des vitrages. La pollinisation des arbres fruitiers était facilité par la présence de ruches installées ponctuellement dans les serres à l'époque de la floraison. Sinon ces ruches étaient rassemblées côté rue Paul Olivier.

Les fruits ne pouvant être forcés qu'une année sur deux, il fallut diversifier les cultures ; c'est ainsi que la culture des fleurs pour bouquets apparut: arums et chrysanthèmes, puis, après la venue d'un hollandais en 1936, tulipes et ensuite roses et gerberas.

Les fruits et les fleurs étaient livrés par des mandataires aux Halles à Paris (puis à Rungis à partir des années 60) mais certains fleuristes des environs venaient s'approvisionner sur place.

À partir de 1939

Pendant la guerre de 1939-45, les forceries ont continué à fonctionner. Malgré les restrictions de charbon, les livraisons sur Paris se faisaient avec une camionnette fonctionnant au gaz.
En 1948, René Parent prit seul la direction des forceries, son père étant décédé en 1943 et son frère Marcel en 1948. À partir de 1962, son fils François le seconda.

Haute couture

Toute cette production artisanale, la « haute couture » de la production fruitière, nécessitait une surveillance et des soins quotidiens assurés par une main d'œuvre composée d'une quinzaine d'ouvriers agricoles et de 10 à 15 saisonniers.

La belle qualité de la production permit à la famille de devenir fournisseur de grands restaurants et également des traiteurs réputés : Fauchon et Hédiard.

Les planches Parent

L'établissement était clôturé par une palissade de planches passées au grésil noir, « les planches Parent », ainsi nommées par les voisins et les enfants de l'institution St Nicolas.

Les poires cultivées en plein air des deux côtés de la palissade étaient tentantes pour les gamins de Buzenval parfois reçus par le garde des forceries armé d'un fusil à gros sel !

La résidence Beauharnais

René et François Parent continueront à garder la renommée des forceries jusqu'aux années 73, date à laquelle, ils décidèrent d'arrêter à cause de la concurrence des arrivages venant en avion des quatre coins du monde.

La société Frank Arthur achète en 1973 les forceries et, en plusieurs tranches, construit la Résidence Beauharnais.
Cette résidence forme un rectangle délimité par les rues suivantes

à l'ouest l'avenue de Buzenval, au nord la rue des Pyrénées, à l'est la rue Paul Olivier et au sud la rue Pasteur.

Des anciennes Forceries, il ne reste que quelques tilleuls, entre le 59 et le 63 Avenue de Buzenval, et au N° 57, un cèdre de l'Atlas planté en 1931 à l'occasion de la naissance d'un enfant.
 


Source

(1) Extrait de « Buzenval se raconte », Commission Histoire, édition Septembre 2008 rédigé par B et J-C B